Lefebvre Zisswiller

Le duo d’artistes Lefebvre Zisswiller à l’écoute des murmures du Rhin, Sauvan Launay, Rue89

Travailler à partir des milieux naturels, en éprouver les fragilités et les tensions, en observer les circulations visibles et invisibles : c’est dans cet espace d’attention que s’inscrit la pratique du duo formé par Nicolas Lefebvre et Camille Zisswiller. La démarche artistique se mêle à la recherche documentaire pour rendre compte des interactions qui se jouent dans le monde vivant, et permettre d’interroger les manières dont nous l’habitons. À travers une pratique collaborative, le duo développe ainsi des œuvres dont la poésie n’est pas un frein à l’engagement qu’elles portent.

Les yeux ouverts sur le monde

Après des études à l’Université de Strasbourg et à La Cambre (Bruxelles) pour Camille Zisswiller, à l’École du Louvre et à la Haute école des arts du Rhin à Strasbourg pour Nicolas Lefebvre, les deux artistes effectuent en 2019 un post-diplôme au Fresnoy – Studio national des arts contemporains à Tourcoing, pour développer leur pratique commune. Ils façonnent depuis une recherche plastique qui interroge volontiers les disciplines scientifiques, et donnent lieu à des œuvres au croisement du cinéma, de la photographie, de la vidéo, du dessin et des savoir-faire traditionnels.

« Travailler à deux est aussi déstabilisant qu’enrichissant ; c’est augmenter en permanence sa vision au contact de celle de l’autre. Cette matière en perpétuel réajustement nous a demandé de créer un écosystème qui nous est propre, et ceci tout au long des différentes étapes d’un projet — depuis la phase de recherche jusqu’à la production. C’est intéressant et stimulant d’avoir quatre mains dans ce matériau organique ! »

Particulièrement attentif aux dynamiques entre les milieux et les êtres qui s’y déploient, le duo pose un regard empathique et engagé sur les relations d’interdépendance qui structurent les différents écosystèmes, mis à mal par la fragilité du contexte écologique. Cette précarité dans l’équilibre du monde est dépeinte à travers un mode narratif dans lequel le documentaire et la fiction s’entrelacent pour révéler les zones sensibles dans lesquelles se tissent les relations au vivant.

Une pause à l’atelier

En 2021, de retour à Strasbourg après son passage au Fresnoy, le duo Lefebvre Zisswiller intègre l’un des ateliers du Bastion XIV, mis à disposition par la Ville. Le lieu permet au duo d’ancrer une partie de sa recherche sur le territoire alsacien, concernant les notions de milieu, de circulation et de relations qui structurent son travail. Entre deux résidences, l’atelier a constitué un espace propice à l’expérimentation et aux échanges.

En octobre 2025, le duo a rejoint l’Atelier des Miches. Situé dans le quartier strasbourgeois de la Montagne Verte, le lieu est installé depuis un peu plus d’un an au rez-de-chaussée d’une ancienne boulangerie reconvertie en espace de travail partagé. Réunissant six membres, l’atelier est structuré en association. C’est dans ce nouveau cadre que Camille et Nicolas poursuivent leurs recherches, en entamant notamment leur prochain projet, Lore Laï, ancré sur le territoire local et transfrontalier.

Les pieds dans l’eau

En 2023, à l’occasion d’une résidence au centre d’art contemporain Laznia de Gdansk en Pologne, le duo débute une recherche sur les relations qu’entretiennent les individus avec les profondeurs de la mer Baltique, en interrogeant la place de la mer dans les imaginaires collectifs. Le projet s’inscrit dans un contexte marqué par l’extrême fragilité des écosystèmes et questionne les processus de dégradation de certains déchets produits par l’être humain et la nécessité de proposer de nouvelles relations à la mer. À travers des problématiques liées à des dépôts d’armes chimiques immergées depuis la Seconde Guerre mondiale ou des effets de la pollution industrielle, le duo interroge l’invisibilisation d’une violence dont les effets, diffus et silencieux, ne demeurent pas moins dévastateurs.

C’est de cette observation qu’est né Małe Morze (Petite Mer en polonais), un film en cours d’écriture teinté de spéculation, mêlant documentaire et fiction. Nourrie d’une approche pluridisciplinaire, la recherche du duo se prolonge à travers de nouvelles collaborations art-sciences, notamment avec le CréaLab de l’Université de Strasbourg depuis 2025. De ces échanges, émerge en ce moment-même Lore Laï, un projet à travers lequel le duo souhaite interroger les liens que les habitants de la plaine rhénane entretiennent avec leurs eaux, en particulier lorsqu’il est question d’en prendre soin.

Ce projet de recherche au long cours se déploie en dialogue avec des hydrologues, des biologistes et des juristes, afin d’interroger la présence et la persistance des molécules médicamenteuses dans le Rhin et ses ramifications. Au cours de l’année 2025, le duo a notamment rencontré des hydrologues et biologistes de l’ITI Switch (Interdisciplinary Thematic Institute – Sustainability of Water & Cities), de l’ENGEES (École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg) et du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), spécialisés en écotoxicologie aquatique.

Le projet Lore Laï détourne le motif de la légende germanique de la Loreleï, nymphe rhénane dont le chant de la tristesse hanterait encore le fleuve et ses rives. La présence diffuse mais persistante des récits autour de la nymphe traverse le temps et le paysage à l’image des molécules médicamenteuses et des traces laissées par les activités humaines dans les eaux du Rhin. En invitant dans le projet cette figure légendaire, le duo convoque un imaginaire dans lequel mythe et réalité se superposent, nous rappelant que tout ce qui circule dans le fleuve continue d’agir bien au-delà de sa visibilité immédiate.

Camille et Nicolas envisagent, dans un premier temps, Lore Laï comme une enquête à mi-chemin entre le terrain, les laboratoires et l’atelier :

« Notre travail artistique et la co-recherche avec les scientifiques vont se dérouler sous forme d’enquêtes situées, d’arpentages, de prélèvements, de modélisations et de rencontres entre chercheur·euses et riverain·es autour des métabolismes du fleuve. En laboratoire, nous suivrons les méthodes d’analyse employées en écotoxicologie pour tracer les molécules issues des prélèvements. Cette phase donnera lieu à une matière visuelle et sonore qui servira de base pour la production d’une œuvre. »

Leurs recherches ne se limitent toutefois pas aux sciences du vivant mais s’étendent au champ juridique, que le duo perçoit comme un espace qui doit être repensé face à tout ce qui est invisible, telles que les molécules pharmaceutiques dans le Rhin :

« Avec des juristes, nous voudrions imaginer des manières dont le droit peut considérer la circulation de résidus de médicaments dans l’espace liquide et les mutations qu’ils provoquent. Nous recherchons pour Lore Laï des formes désanthropocentrées du droit en tant qu’outils à employer sur le terrain et dans les discussions avec les chercheur·euses, pour penser des gestes spéculatifs et envisager les transformations réciproques des corps et de l’environnement. »

La thématique est abordée simultanément par un prisme individuel et collectif. L’eau – et particulièrement les fleuves – a donné le ton aux activités humaines et, ce faisant, influencé les façons d’habiter les territoires. En Alsace notamment, le Rhin permet une « approche collective des écosystèmes » qui « nous met face à une force mutualiste : elle est au service du contact, des relations, de la symbiose ; c’est un espace de cohabitations, d’associations ; un espace de collaborations et de rêves communs ; un espace vital de connexions et de soins partagés. » Toutefois, le duo souligne que « les substances anthropiques présentes dans l’eau redéfinissent ces forces de coopération. »

À l’écoute des maux du fleuve

Témoignages des modes de vie contemporains, ces altérations impactent durablement les milieux aquatiques, bien souvent au détriment de leurs équilibres. Mais au-delà de sa portée collective, le fleuve se pense d’abord à l’échelle de l’expérience sensible, dans une relation directe, presque intime. Il « nous met face à une force immense portée par la fluidité […] C’est un corps en mutation et en perpétuel devenir. ».

« Depuis les Alpes jusqu’à la mer du Nord, le Rhin charrie nos déchets curatifs provenant des eaux usées, et subit les effets indésirables de notre infini besoin de soin. Évoquer la douceur de l’eau c’est donc aussi parler de la douleur qui la traverse, et qui affecte le fleuve et ses organismes. Ainsi dans le Rhin, douceur et douleur s’enchevêtrent dans un lien inextricable. »

Comme le précise le duo, certaines des molécules des médicaments « persistent dans les cycles de l’eau », témoignant d’« un lien entre le corps liquide et nos corps ». Considérer cette continuité, concluent-ils, « contribue à renforcer une prise de conscience collective sur l’état de santé du fleuve, qui réclame lui aussi des soins ».

La phase de recherche mènera, en 2027, à la conception d’objets et à un travail vidéo qui permettra de déplacer le cadre analytique du laboratoire vers un récit fictionnel :

« Nous imaginons une installation vidéo conçue comme un “environnement corporel” dans lequel les spectateurs et les spectatrices s’immergent, provoquant des rencontres inattendues entre l’humain et le plus qu’humain. Dans la poursuite de notre recherche à l’Université (de Strasbourg), confrontés à l’invisible et à des rapports d’échelle multiples, nous voudrions construire des expériences sensibles sur les relations ignorées entre notre organisme et les écosystèmes du fleuve. »

État du langage, Emanuele Coccia

Depuis le milieu du siècle dernier, une série hétérogène d’études et de recherches issues de l’anthropologie, de la psychanalyse et de la philosophie nous avaient convaincues d’imaginer le langage verbal comme la matrice et la structure fondamentale de toute manifestation de l’esprit. Ce n’est pas seulement l’inconscient qui est structuré comme le langage phonétique : ce sont aussi les mythes qui se construisent sur la base de l’opposition qui permet aux phonèmes de signifier. Ce n’est pas seulement la pensée qui s’organise selon les formes de l’écriture : c’est toute forme qui doit passer par le système des signes linguistiques pour pouvoir signifier quelque chose. Avec la distance de quelques décennies, ce mouvement apparaît comme l’une des formes les plus capillaires et organisées de l’iconoclasme, une révolte du langage verbal — qui avait caractérisé la culture des XIXème et XXème siècles — contre le développement des arts visuels, sonores et plastiques et surtout l’émergence de nouveaux médias qui réservaient au langage verbal une position accessoire.

Le travail du duo Lefebvre Zisswiller semble renverser ce postulat et libérer de nouvelles possibilités pour le travail artistique. Le postulat de leur travail est l’exact opposé de celui des structuralistes. Le langage, la parole, sont structurés comme la matière. Pour comprendre ce que signifie parler, ce qui se passe quand quelqu’un veut dire quelque chose, il faut prendre comme modèle l’activité de façonnage de la matière qui passe par le souffle : le soufflage du verre. La vidéo est une méditation sur l’appropriation de la parole par les enfants et la perte de la parole. Le mot n’apparaît ni comme un simple son articulé ni comme un signe, mais comme une forme en train de se constituer et comme lumière, blancheur absolue.

Le vouloir dire est le souffle qui donne forme à la matière. Et la matière du langage est à la fois transparente et fragile comme le verre. Et si la fiction structuraliste permettait de refouler la matérialité du langage ou de la concevoir, dans l’écriture, comme une étrange forme de matérialité idéale, liée au médium qui la supportait, ici chaque parole ou discours est un objet, et pas au sens métaphorique. Parler signifie mouler, souffler des objets qui resteront, et qui sont, dans l’œuvre, une part de l’installation.

D’autre part, détrôner le langage verbal de sa position hégémonique signifie faire de toute forme de manipulation de la matière une tentative de faire parler le monde. Et dans le corps à corps de la matière cinématographique et de la matière du verre l’œuvre de Nicolas Lefebvre et Camille Zisswiller semble repenser la relation entre les langages de l’art.

Le film, en effet, n’est pas simplement l’une des méditations les plus profondes sur la nature du langage. Elle est aussi une méditation sur le langage cinématographique. Car si le langage verbal n’est que l’un des façonnages de la matière, l’une des formes infinies de la souffler pour lui donner forme, le cinéma devient dans les mains de ce duo le langage qui peut traduire tous les langages du monde, car il est celui qui peut les témoigner tous.

Le chant du verre, Sophie Bernal, BeauxArts

Comment mettre en scène le langage ? Donner corps au son à travers des images, mission impossible ? Qu’à cela ne tienne, c’est le défi que s’est lancé le duo Lefebvre Zisswiller, respectivement Nicolas et Camille, qui ont fait leurs armes à l’École du Louvre, à la HEAR de Strasbourg ou encore à la Cambre de Bruxelles, avant de rejoindre les rangs du Fresnoy en 2019.

Leur court métrage État du langage, réalisé en 2021 et présenté l’année suivante à l’Imagine Science Film Festival de New York, montre la métamorphose du verre. Treize minutes durant, les images réelles et les visions modélisées par ordinateur d’un bloc translucide se succèdent. Il se tord à l’envi, générant une valse étrange des atomes en mouvement.

Pour le duo, au cours des changements d’état de la matière, « une prosodie » – musique du langage propre à chaque langue – se manifeste. Et quelle musique ! À la moitié du film (7’30), le son numérique se met à rire, d’un petit hoquet de « ha » et de « ha ». Des infimes bribes de paroles cristallines, à la fois capricieuses et inquiétantes – c’est à nous de le dire – rythment cette épopée de la matière en fusion. Entre expérimentation, poésie visuelle et cinéma d’animation, le court métrage exprime avec finesse ce qui est formulé au-delà du langage.

Relearning the image: FCDEP 2022 (extrait), Francisco Rojas, Chute Film-Coop

Between the concrete and the abstract is État du langage, a visual essay made out of images of fluid materials and liquid textures that nevertheless exist in a state of almost impossible solidity.

The abstract quality of these shapes are opposed by a musique concrete-like soundtrack, with brief vocal interventions trying to make their way through this oniric visual landscape. The filmmakers propose language as an organic material in itself, therefore fluid and shapeless and prosody as the manifestation that tries to shape it.

As if it were a miracle, the creation of a particular language visibilizes itself as a way to shape the infinite. Man made rules are ultimately what select and reform the apparently unmanageable abstract.

Digital images and AI attempt to expose this organic quality but now, almost microscopically but also, metaphorically. Even within these crystals shaped like text bubbles there is a white concrete wall visible.

« En ce temps là, nous entrions dans la nuit et plus rien n’apparaissait distinctement. Nous cherchions alors à modifier nos postures pour construire d’autres relations avec notre milieu. »

À travers une suite de stances, Candela met en scène des adolescents dans des positions d’affût, attentifs aux manifestations du vivant.

 

Réalisation : Lefebvre Zisswiller, étalonnage : Elliot Eugénie, néons : Alexis Neons
Production : Lefebvre Zisswiller avec le soutien de la Région Centre-Val de Loire, la Draaf, la Drac Centre-Val de Loire, le Legta de Chartres La Saussaye et la Drac Grand Est.

Translation, ou l’expérience d’une terre qui déborde et ne persiste que dans les pas d’un homme. Figure isolée, l’homme circule aux limites du milieu qu’il arpente. Il nous précède, nous accompagne et nous succède. La responsabilité de son geste évolue par la formulation d’une présence qu’il porte. Son déplacement se frotte à l’environnement, s’attache à l’expérience du non-lieu et à l’étendue en écho qui s’étire, doublée par un monde de reflets. Seul l’horizon scinde l’espace dans son rapport intégral.

 

Réalisation, montage : Lefebvre Zisswiller, image : Ivan Castineiras Gallego, assistante réalisation : Lauren Oliel, ingénieure du son : Ludivine Pelé, lumières : Ludovic Pollet, étalonnage : Julien Saez, sound design : Adrien Fontaine, montage son et mixage : Ludivine Pelé, sound design : Adrien Fontaine

Production : Le Fresnoy -Studio national des arts contemporains, avec le soutien de la Région grand Est

Le langage est une matière organique, visible et translucide, que l’on peut traverser de part en part. Il se déploie dans son propre milieu comme un magma ou comme des cristallisations solides et creuses. Au cours de ces changements d’état, une prosodie cherche à se manifester et à s’extraire. Il s’agit d’ausculter cette tentative de formulation et les forces transformatrices du langage.

 

Réalisation : Lefebvre Zisswiller, image : Alan Guichaoua, montage : Anna Brunstein, CGI : Alexandre Peschmann, étalonnage : Marine Surblé, ingénieur du son : Christian Cartier, assistant prise de son : Victor Lenoir, sound design : Adrien Fontaine, montage son et mixage : Clément Decaudin, assistant montage son : Manu Martin

Production : Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, partenariats : CIAV Meisenthal, CRD Tourcoing, Icam Lille

L’idée selon laquelle la vie s’est formée à partir de l’argile existe dans plusieurs récits sur l’origine de l’humanité et dans certaines théories scientifiques contemporaines. L’argile renvoie à une dualité : essentielle à la vie par sa composition chimique, c’est aussi un support de croyance en tant qu’objet façonné.

La série photographique Muddy Doodle ausculte le processus d’apparition de concrétions en argile, prenant leur origine dans les gestes que plusieurs générations de faïencier·ères ont inscrit dans la terre tout au long du XIXème siècle. Témoignages de la préhension et de l’excitation motrice, ces manipulations nous interrogent sur la possibilité d’une présence invisible laissée par l’humain·e dans un milieu.

 

Avec le soutien de la Région Grand Est et de Accélérateur de Particules. Cycle de création « C’est un fantasme ça aussi, la totalité ».

Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules Formules 

Depuis ces épaules

Depuis ces épaules Depuis ces épaules

Depuis ces épaules

Depuis ces épaules

Depuis ces épaules

Depuis ces épaules

Depuis ces épaules

Depuis ces épaules 

Comment percevoir le mouvement des pierres, ces organismes du temps profond ? La question est à l’origine de la série photographique Mineral Tides, réalisée lors d’une enquête sur les murs en pierres sèches présents dans les collines du parc naturel régional des Ballons des Vosges. La recherche se concentre sur les plus anciens murs de la zone, croisant le regard d’un murailler, d’un géobiologue et d’un géologue pour approcher les enjeux structurels et cosmiques des édifices.

Chaque pierre du mur est placée selon son orientation de naissance, c’est à dire, selon la direction dans laquelle elle se trouvait lorsqu’elle s’est détachée de la roche mère. Le mur est un assemblage sans liant dans lequel un tiers du volume est vide. Dans ce corps creux, toutes les pierres portent en silence la traction gravitationnelle de la lune qui soulève la croûte terrestre telles des respirations imperceptibles. Le mur en pierre sèches est une zone de contact vivante reliant les strates du temps géologique et humain, et le révélateur d’un lien invisible avec l’environnement.

 

Avec le soutien de la DRAC Grand Est (Été culturel – dispositif Jeunes Estivants)

Production : Lefebvre Zisswiller avec le soutien de la Région Grand Est. Cycle de création « C’est un fantasme ça aussi, la totalité ».

Réalisée dans un laboratoire de biologie marine, cette série s’inscrit dans un cycle de recherche sur les rapports de pouvoir et d’écoute dans la Baltique. L’algue est ici une intermédiaire pour approcher le milieu sous-marin, et un marqueur de l’état de santé de la mer, signalant les fragilités d’un corps liquide confronté à de multiples pressions anthropiques.

Milan. Nous avons traversé les mondes en suivant différents états de l’eau — océan, sueur, lacs, rivières, larmes, pluie, flaques — toujours évaporés. Nous avons alors glissé entre le plissement des roches, en nous laissant pousser vers le ciel par les plaques africaine et eurasienne. Nous avons suivi l’érosion et les effondrements répétés. Puis l’ascension s’est accélérée : croissance effrénée de la dolomie, frictions cristallines, oscillations et mémoires minérales secouées par le cycle des marées terrestres. Nous sommes montés dans la glace et la neige durcie.

Les mains tendues reprennent le cheminement en sens inverse, cherchent une ligne à suivre.

En partant de la visualisation, étape préparatoire durant laquelle les skieur·euses se projettent mentalement dans chaque détail du terrain à parcourir lors de la course, Les (corps) traversants, I (corpi) traversanti nous met en contact avec les strates d’une mémoire du temps profond, où la matière sédimente, se dissout. Les gestes des sportif·ves et ceux de la pianiste se fondent dans les mouvements d’autres corps bien plus vastes, les mains guident cette descente du corps, à la fois mentale et concrète, intérieure et cosmique.

 

Réalisation, montage : Lefebvre Zisswiller, composition musicale : Giulia Lorusso, étalonnage : Elliot Eugénie
Production : Divertimento Ensemble, Milan

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